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   Le drame du Tribal Kat, dernier procès de pirates somaliens en France

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dimanche 27 mars 2016
statut de l'article : public
citations de l'article provenant de : Ouest-France


Ce sera le dernier et le plus douloureux des procès en France de la piraterie somalienne : sept hommes vont être jugés pour avoir attaqué deux plaisanciers français en 2011, et tué l’un d’eux.
8 septembre 2011, 13 h 17  : le Tribal Kat lance un appel de détresse. Cinq jours auparavant, le catamaran de 16 mètres avait quitté le port d’Aden au Yémen, direction le sultanat d’Oman, une zone où les attaques de pirates sont fréquentes.

À son bord, Christian et Évelyne Colombo. Le couple de Varois a tout vendu pour faire un tour du monde.

Une mare de sang

Quelques heures plus tard, une frégate allemande trouve le voilier. Personne à bord, mais des impacts de balles et une mare de sang dans laquelle baignent les lunettes de Christian Colombo.

Le 10 septembre, un navire de guerre espagnol détecte un « skiff » - une embarcation légère - suspect. Les Espagnols tentent d’approcher, mais font volte-face lorsque des pirates exhibent Évelyne Colombo, en la menaçant d’une arme.

L’assaut est finalement donné plus tard. Deux pirates sont tués, les autres sont arrêtés. Évelyne Colombo raconte que le corps de son mari a été jeté à la mer. Il ne sera jamais retrouvé et l’acte de décès de Christian Colombo, 55 ans, sera enregistré le 15 novembre 2011.

Réclusion à perpétuité

Du 29 mars au 15 avril prochains, sept hommes seront jugés par la cour d’assises de Paris pour détournement de navire ayant entraîné la mort, un crime passible de la réclusion à perpétuité.

Âgés de 25 à 32 ans, ils se disent « policier », « chauffeur de taxi » ou encore « coolie », porteur. L’un est « pêcheur », dans des eaux que la surpêche et la pollution ont épuisées.

Lors des interrogatoires, selon une source proche du dossier, les sept hommes ont chargé les deux pirates tués lors de l’assaut, « Shine » et « Abdullahi Yare », désignés comme le chef de l’expédition et son adjoint.

Meurtre d’un otage

Les enquêteurs notent que « Abdullahi Yare » était « vraisemblablement » le tueur, mais que tous les pirates étaient animés par la même « volonté collective » d’attaquer des bateaux et de réclamer des rançons pour les équipages.

Cette volonté de prendre des otages vivants peut expliquer que, des quatre procès de piraterie qui se sont tenus en France, seul celui du Tribal Kat porte sur le meurtre d’un otage.

Dans les attaques du Ponant et du Carré d’As en 2008, aucun otage n’était mort. En 2009, c’est une balle française qui avait tué le skipper français du Tanit lors de l’assaut.

Pathologie psychiatrique

Le procès du Tribal Kat devrait être le dernier du genre en France, peut-être même en Europe. Si la Somalie reste ravagée par la guerre, la piraterie au large du pays est en nette décrue, en raison notamment de l’opération militaire « Atalante » de l’Union européenne, qui court jusqu’à fin 2016.

Il n’est pas certain que tous les accusés pourront comparaître. L’un d’eux, comme d’autres pirates jugés précédemment, a développé en prison une pathologie psychiatrique qui pourrait compromettre son procès, sans remettre en cause sa responsabilité au moment des faits.

Des détentions mal vécues par des détenus isolés et, avant ça, une vie de misère. « La guerre », « la faim »  : « pour qu’ils soient bien jugés, il faudra que la cour comprenne de quel enfer ils viennent », explique l’avocat de l’un des accusés, Martin Reynaud.

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