Wal Fadjri (Dakar)
Moustapha Barry
Il est impossible, d’ici trois à cinq, de faire une évaluation d’impact du repos biologique observé l’année dernière. C’est la remarque faite par M. Djiby Thiam, chercheur au Centre océanographique de Dakar-Thiaroye. Selon lui, ce repos est incomplet, puisqu’il n’a pas été suivi par la pêche artisanale qu’il accuse d’être le principal déprédateur des ressources.
Pour certaines espèces démersales comme le mérou (thiof), le pageot, le tiéken, le pagre et le rougeot, la prise maximale est largement dépassée. C’est le constat dressé par M. Djiby Thiam, chercheur au Centre océanographique de Dakar-Thiaroye. Parmi ces poissons de luxe, seul le rougeot est à l’optimum de son exploitation et présente zéro pour cent d’excédents d’efforts au moment où le pagre se dirige vers son extinction, avertit M. Thiam. Le chercheur avance que c’est depuis 1995 que la décroissance de la prise de ces poissons de riches a été entamée. Il signale que les juvéniles, qui constituent le capital de recrutement, ne cessent de diminuer, entamant ainsi le capital.
Selon Djiby Thiam, si tous les types de pêches sont à l’origine de cette dégradation des ressources, la pêche artisanale y a une grande part de responsabilité. "Généralement, on a tendance à croire que la pêche artisanale est une pêche de subsistance. Les pêcheurs artisans eux-mêmes reconnaissent et savent qu’ils ont dépassé cette étape de pêche de subsistance depuis très longtemps. Si l’on voit leur part dans les débarquements totaux nationaux, la pêche artisanale débarque les deux tiers des poissons capturés au Sénégal. Ce n’est donc pas une pêche de subsistance.
"D’autre part, un certain nombre de sociétés de la place n’arrivent à survivre que par l’approvisionnement assuré par la pêche artisanale. Des unités de pêche quittent Dakar pour pêcher jusqu’en Guinée, en Sierra Leone. Évidemment, ce sont des pirogues en bois, mais cela n’a rien à voir à cette pêche de subsistance dont les gens parlent", explique le chercheur.
M. Thiam précise, en outre, que "cette diminution progressive des ressources halieutiques a un impact sur les biomasses qui sont extrêmement basses. D’où une invite à une prise de certaines mesures. Des mesures pour restaurer la ressource, restaurer les habitats marins afin que les biomasses puissent augmenter, que la mer puisse se repeupler, que le secteur puisse redémarrer sur un nouvel essor". Pourtant, cette année, une période de repos biologique a été observée pour la première fois au Sénégal. Malgré tout, certains armateurs continuent à déplorer la rareté des ressources. Alors, Djibril Thiam invite à nuancer, car "quand on parle de repos biologique et qu’on veuille évaluer un impact, il faut vraiment savoir quoi évaluer". Avant de renchérir que "le Sénégal n’a commencé à appliquer un repos biologique que l’année dernière. On peut évaluer un impact économique, c’est-à -dire l’impact sur les chiffres d’affaires des navires qui ont été arrêtés pendant deux mois ; un impact social, c’est-à -dire le chômage des gens ; un impact au niveau des sociétés comme Dakar-nave qui sont des accompagnants", fait remarquer le chercheur du Crodt.
Mais "l’impact biologique du repos biologique sur la ressource, c’est un peu plus sérieux parce que les poissons qu’on a protégés, ont pondu l’année dernière. Ces oeufs pondus vont, à travers la loi de la croissance, se développer pour devenir des juvéniles, avant d’être des poissons qu’on peut capturer. Et pour pouvoir le faire, il va falloir au minimum trois à cinq ans. Le premier pas a donc été fait, mais il n’a pas été complet parce que c’est la pêche industrielle seulement qui a observé le repos biologique. Ce repos n’a de sens que si les armateurs industriels et les pêcheurs artisans arrêtent leur activité de pêche pendant toute la durée parce que c’est une mesure qui concerne la pression globale de pêche". Pour Djibril Thiam, c’est en respectant la non-capture des juvéniles, l’arrêt des activités de pêche pendant les périodes de reproduction et en protégeant les habitats marins, zones de ponte, qu’on verra, dans cinq ans, les poissons qui ont été pondus en 2002, apparaître dans les captures. Le chercheur avertit qu’il est impossible de voir cette année l’impact biologique du repos biologique qui vient d’être observé.
Malgré tout, le chercheur du Centre de recherche de Dakar-Thiaroye estime que la pêche au Sénégal dispose encore d’énormes perspectives. D’ailleurs, un document est en train d’être finalisé sur le potentiel de capture de chaque type de ressources. Pour être présenté, en fin février, à la rencontre entre l’Union européenne et les chercheurs sénégalais dans le domaine, à Dakar, comme prévu dans les accords de pêche.
Publié sur le web le 22 Février 2004