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Coordination marée noire




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Retour sur la catastrophe de l’Erika

   La marée noire et ses suites

Marinette COLIN vendredi 1er juin 2007


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Quelles sortes de préjudices ?

Si le 21 mai, Me Varaut, qui ouvrait la série des plaidoiries des parties civiles, a parlé du temps venu des victimes nous pourrions nous interroger : qui est victime ?
Plus de cent parties civiles se sont constituées. Mais toutes ne vont pas plaider et plusieurs se sont rassemblées pour choisir de mêmes avocats. Faire un inventaire exhaustif des plaignants et de leurs conseil n’est pas dans mon idée. Les journalistes ont essayé de le faire (voir en particulier Le Marin). Je m’interrogerai plutôt sur la nature des différents préjudices et sur les manières possibles d’obtenir réparation - si c’est possible.

D’abord, ce qui est criant, c’est de voir quels efforts et quelles sommes d’argent ont été consacrés aux soins des êtres vivants qu’on pensait pouvoir sauver : les oiseaux. Et puis, ensuite, le nettoyage du littoral, l’élimination de milliers de tonnes de déchets pour lesquels toutes les collectivités publiques ont été mises à contribution (je me souviens qu’en 2000, l’Etat dépensait un million de francs par jour à cause de la marée noire...). Des milliers de bénévoles contribuaient à ces tâches... Un nettoyage et des travaux de protection très particuliers ont été assurés aussi par les paludiers de Guérande.
Tous ces travaux ont eu un coût.
Et que dire du coût indirect pour les activités liées à la mer, au littoral et au tourisme ?

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CIADT - Nantes

Les professionnels ont largement subi les conséquences de la pollution. Je me souviens de la colère des ostréïculteurs qui le 28 février 2000 ont fait un étrange concert de percussion sous les fenêtres de la Préfecture de Nantes. Là où siégeaient les représentants du gouvernement (CIADT et CIMer) qui examinaient, entre autres, les dispositions à prendre pour faire face à la marée noire de l’Erika et améliorer la sécurité maritime mais qui ont du ajouter l’examen des aides financières destinées à compenser leur manque à gagner.
Quant au tourisme, le préjudice d’image a eu un coût énorme...

Tous ceux qui pouvait prétendre à réparation auprès du FIPOL viennent aujourd’hui relater les tracasseries invraissemblables qui leur ont été faites et les insuffisances des indemnités versées. Pour eux, le jugement que rendra le tribunal devrait permettre de leur rendre enfin justice.

Pour les autres préjudices nous entrons ensuite en terrain incertain. La reconnaissance du préjudice écologique est, semble-t-il, en train de se construire. Différents témoins produits par la Région Pays de la Loire ont exposé comment juridiquement et financièrement ce préjudice pourrait être reconnu.
Pour le préjudice moral, il y a de nombreux cas de jurisprudences qui le reconnaissent et le chiffrent financièrement. Lorsque les statuts d’une association sont bafoués du fait de tiers, l’association est en droit de demander réparation.

Un cas atypique

Il reste cependant un cas : celui de l’association pour le compte de laquelle je donne quelques aperçus du procès depuis le mois de février. Les Amis du Collectif marée noire de Nantes devenue depuis le 12 avril Amis des collectifs marée noire se porte partie civile en ne demandant qu’un euro symbolique de dommage et intérêt. En 2001, quand nous avons décidé d’aller en justice, nous voulions que notre action vienne en soutien aux victimes, pour le principe : savoir qui était responsable et ainsi faire avancer le droit pour prévenir de nouvelles catastrophes. En effet, dès janvier 2000, les populations du littoral, toutes motivations confondues, ont constitué des pôles de protestation contre cette marée noire de l’Erika. Ainsi sont nés les collectifs du littoral Atlantique qui, de Quimper à la Charente Maritime, organisaient les manifestations.
Je pense à ces manifestations du 8 janvier et du 15 janvier à Saint-Nazaire, Vannes, Batz, Le Croisic. A celle du 22 janvier quand les Présidents de Région et le président de Total faisaient un constat commun à ’Hotel de Région de Nantes.
Je pense surtout à "Nantes , noire de monde" du 5 février 2000 (organisée par la Coordination marée noire) où plus de 40.000 personnes sont venues crier leur colère. Sur l’une des nombreuses photos prises ce jour-là, on voit brandi un couvercle de bac à poisson où est écrit à la main : "L’Argent capitaine mène le bateau au naufrage !"
La banderolle de tête proclamait : MAREE NOIRE : ASSEZ DE COMPLAISANCES ! au pluriel.
Dans ce procès de l’Erika è ans après, le mot complaisance est peu prononcé. L’avocat de la société de classification qui, pour l’Etat de Malte, a donné au bateau son certificat de navigabilité a proclamé : non ! Malte n’est pas un pavillon de complaisance !
Peut-être ... mais en 1999 ?

Nous n’avons pas la mémoire courte

Le naufrage de l’Erika et ensuite du Prestige ont entraîné des protestations massives.
Durant l’hiver 2003, les villes de Galice ont vu arriver des centaines de milliers de manifestants. Et le 23 février 2003, je me souviens de cette marée humaine (plus de 500.000 personnes) qui emplissait les larges avenues de Madrid. Et nous, quelques français, continuateurs de la protestation Erika, nous étions au côté des espagnols avec notre banderole de février 2000, hélas, toujours de circonstance !

Nous savions qu’au début des années 2000, il y avait 6000 bateaux sous-normes qui circulaient sur les océans. Que plus de 1500 marins mouraient par ans dans les naufrages (1 tous les 3 jours). Nous savions, en allant nous renseigner à travers publications et colloques divers que le transport maritime mondialisé, bien qu’apparemment très réglementé, fonctionnait dans l’hypocrisie et que, s’il y avait problème, "c’était toujours la faute du copain" comme l’a dit un courtier maritime témoin au procès (un qui le 16 mai ne pratiquait pas la langue de bois !).

Après l’émotion consécutive au naufrage de l’Erika, notre association a voulu donner corps dans la durée à notre exigence profonde : Mise en place de mesures qui permettraient réellement le respect des hommes et de l’environnement.
La logique économique, la "fatalité du marché" (comme l’ont dit au procès les responsables de Total) étaient pour nous inacceptables.
Nous voulions voir changer les choses. Depuis le Torrey Canyon en 1967, les populations avaient crié : Plus jamais ça ! ... 8 fois !
Il y a un moment ou trop, c’est trop !

Agir dans la durée

Les Collectifs, c’était l’action dans l’émotion du moment. Mais comment aller au-delà ?
Beaucoup ont voulu oublier. Pour les professionnels de la côte, il fallait reconquerir l’image. Même aujourd’hui, sept ans après, les communes littorales se sont fait discrètes...
Alors, les Amis des Collectifs marée noire osent afffirmer, qu’au fond de lui-même, chaque citoyen ne peut admettre que des risques inconsidérés soient pris au détriment des hommes et de l’environnement. La recherche du profit a ses limites.
Et seul le droit et les lois peuvent les fixer. C’est une loi qui a aboli l’esclavage ... Dès le début, notre association s’est fixé une ligne de conduite (voir notre Mémorandum remis au gouvernement le 28 février 2000). L’interpellation des responsables politiques, à tous les niveaux devait être le signe de notre détermination. Et nous nous sommes fait entendre à Matignon, à l’Elysée, à l’Assemblée Nationale, à Strasbourg et à Bruxelles ...
Evidemment, nous étions peu parfois ... Mais comme l’ont dit quelques avocats en citant V Hugo, "rien n’arrête une idée dont le temps est venu".
Et c’est si vrai que maintenant la flotte de commerce mondiale est en cours de rajeunissement, que Toal soutient ne plus affréter des bateaux de plus de 15 ans.
Quelle meilleure preuve de la justesse de nos exigences ? Même si l’amélioration est basée sur un souci d’image ou sur un calcul ...

Aujourd’hui, nous assistons à tous les débats du procès. Il ne faudrait pas que les prévenus, leur sagesse présente, l’habileté de leurs avocats fassent oublier leurs errements passés.

Le mal a été fait et nous espérons que la justice tranchera non en tenant compte de belles déclarations et de belles plaidoiries, mais en jugeant inexecusables leurs fautes passées.

Marinette COLIN



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