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Coordination marée noire
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info Coordination marée noire mercredi 14 février 2007

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Le procès de l’« Erika » vient de démarrer. Dans quelle mesure va-t-il affaiblir un peu plus l’image de Total ?

Christophe de MARGERIE : Dois-je dire combien nous nous sentons concernés par ce dossier. Sur un plan technique en particulier, je voudrais rappeler que nos équipes ont mis tout leur savoir-faire au service des travaux de dépollution des plages et des côtes, du pompage de l’épave et du traitement des déchets. Nous avons mesuré également, à une échelle plus générale, le devoir que nous avons de nous expliquer avec toujours plus de clarté. Pour le reste, sur ce dossier précis, je suis un peu surpris que certains cherchent à définir les responsabilités en vertu du seul poids financier des uns et des autres.

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Margerie : "S’adapter à l’air du temps"

Propos recueillis par Gaëtan de Capèle, Frédéric de Monicault et Jacques-Olivier Martin . Publié le 14 février 2007 Actualisé le 14 février 2007 : 19h47

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Christophe de Margerie : « Nous devrions pouvoir assurer une rentabilité d’au moins 20 % de façon pérenne. » François Bouchon/Le Figaro

Chistophe de Margerie remplace Thierry Desmarest à la tête du géant pétrolier Total. Pour le Figaro, il commente ses nouvelles fonctions et la stratégie du groupe.

LE FIGARO : Vous êtes le nouveau patron opérationnel de Total. Quelle est votre feuille de route ?

Christophe de MARGERIE : Davantage qu’une feuille de route, je parlerais d’abord plus volontiers de style de management tant il est important que tous les salariés du groupe se sentent pleinement associés à son développement. Ensuite, pour reprendre une expression de Thierry Desmarest, il est capital de vouloir adapter en permanence l’entreprise à "l’air du temps". En quelques années, l’environnement d’un groupe comme Total a profondément changé : les prix de l’énergie en particulier ont atteint des niveaux inégalés ; le nationalisme de certains pays producteurs s’est exacerbé. Par ailleurs, le volet développement durable au sens large -c’est-à-dire incluant autant la protection de la planète que l’épanouissement des êtres- a pris une telle importance que plus aucune entreprise ne peut l’ignorer.

Est-ce à dire que Total doit faire évoluer son image ?

Nous devons continuer à nous ouvrir de plus en plus. Cela démarre dès nos projets technologiques : comme ils sont de plus en plus complexes, ils réclament un éventail de compétences toujours plus étoffées. Cela renvoie également à notre présence internationale et plus précisément aux exigences que cette implantation nous impose. Il ne s’agit plus seulement que les pays producteurs récupèrent la rente pétrolière -ils le font déjà et c’est normal-, mais aussi qu’un groupe comme le nôtre soit mieux inséré dans le développement de ces pays. C’est un nouveau mode de fonctionnement qui se dessine à tous les échelons de la vie du groupe.

Votre prédécesseur a mené deux fusions de grande envergure. Total doit-il continuer à croître par le biais d’acquisitions majeures ?

Ces précédentes fusions répondaient à une obligation de croître car l’effet de taille existe dans notre métier. Une compagnie pétrolière dont le périmètre est important a cette capacité à la fois de dégager des synergies, de prendre davantage de risques et d’améliorer ses capacités de recherche.

Ces fusions nous ont permis aussi de développer considérablement notre potentiel de croissance interne. Aujourd’hui, Total dispose d’un domaine minier que l’on peut valoriser de façon beaucoup plus intéressante qu’en procédant à une acquisition. Utiliser notre argent pour acquérir des réserves à la rentabilité plus faible que celles dont nous disposons actuellement s’apparenterait à de la mauvaise gestion. Nous avons les moyens de prouver que nous serons bien plus efficaces par de la croissance interne que par des acquisitions. Pour autant, ce serait absurde de dire que nous ne nous appuierons pas un jour sur une nouvelle opération de croissance externe.

Quelles sont aujourd’hui les zones prioritaires pour Total en matière d’exploration-production ?

Notre mode de fonctionnement n’est pas de dire que nous irons forcément à tel ou tel endroit. Notre métier ne se développe pas de cette manière. La bonne direction, en réalité, est liée à notre capacité à concrétiser dans une zone précise ce que nous venons de développer ailleurs avec succès. Total va là où nos ingénieurs pensent que nous avons le plus de chances de trouver quelque chose. Pour le raffinage, la situation est différente : nous privilégions les marchés où il y a une plus forte augmentation de la consommation.

Le maintien en 2007 d’un baril entre 50 et 60 dollars va-t-il faire reculer vos bénéfices ?

Nous avons toujours dit que la rentabilité que nous avions actuellement dans nos activités, et particulièrement dans l’amont, n’était pas tenable à long terme. Sous le coup d’un réajustement des coûts et de la fiscalité des pays producteurs, cette rentabilité va baisser. Nous ne maintiendrons pas les 35% actuels. Mais nous devrions pouvoir assurer une rentabilité d’au moins 20% de façon pérenne, ce qui restera une très belle performance. J’aimerais bien connaître aujourd’hui une industrie qui affiche une telle performance durablement.

Un repli prolongé du baril ne signifiera pas une baisse de vos investissements ?

Certainement pas. L’une des forces de Thierry Desmarest a consisté à mener une politique d’investissements toujours bien maîtrisée et bien ciblée. De la même manière que la flambée du baril ne nous a pas conduits à investir de manière disproportionnée, nous n’allons surtout pas freiner le rythme de nos projets sous prétexte que le baril est un peu moins haut.

Total a-t-il bel et bien l’intention de se diversifier dans le nucléaire, comme vous l’avez indiqué voici quelques jours ?

Nos priorités, ce sont d’abord le pétrole et le gaz. Mais un groupe comme le nôtre est un groupe énergétique au sens large, qui a nécessairement vocation à s’intéresser aux différentes formes d’énergie. Pour Total, le nucléaire représente une option supplémentaire.

Shell a engagé la cession de ses raffineries en France. Êtes-vous intéressé ?

Dans le secteur du raffinage, nous ciblons en priorité les pays où la consommation de produits pétroliers croît. Ce n’est pas le cas de la France.

UFC-Que Choisir a relancé l’idée d’une taxe exceptionnelle sur les profits des pétroliers. Craignez-vous que ce mécanisme soit mis en place ?

Une telle proposition n’est pas sérieuse. Elle semble d’abord ignorer le fonctionnement de la fiscalité et notamment le principe de territorialité de l’impôt. Total, qui réalise 95% de ses bénéfices hors de l’Hexagone, s’acquitte de ses impôts dans les pays concernés. Nous n’allons quand même pas être doublement imposés. Par ailleurs, on voudrait demander aux pays producteurs de nous prélever encore plus, qu’on ne s’y prendrait pas autrement en agitant cette notion très dangereuse de « superprofits ». Est-ce si répréhensible que de vouloir un champion français profitable ? Ou faut-il préférer le concert de lamentations qui accompagne la fermeture de sites industriels ? Notre choix est fait.

Le procès de l’« Erika » vient de démarrer. Dans quelle mesure va-t-il affaiblir un peu plus l’image de Total ?

Dois-je dire combien nous nous sentons concernés par ce dossier. Sur un plan technique en particulier, je voudrais rappeler que nos équipes ont mis tout leur savoir-faire au service des travaux de dépollution des plages et des côtes, du pompage de l’épave et du traitement des déchets. Nous avons mesuré également, à une échelle plus générale, le devoir que nous avons de nous expliquer avec toujours plus de clarté. Pour le reste, sur ce dossier précis, je suis un peu surpris que certains cherchent à définir les responsabilités en vertu du seul poids financier des uns et des autres.

Vous prenez la direction opérationnelle du groupe, après que des rumeurs, suite à votre mise en examen dans le cadre du dossier « Pétrole contre nourriture », vous aient dit fragilisé. Votre sentiment sur cet épisode ?

Une instruction est en cours, je n’ai pas à commenter la situation. Je retiens simplement le soutien absolu dont j’ai pu disposer au sein du groupe. Même si je n’en doutais pas, cela m’a profondément rassuré si besoin en était.



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